COP 22 – Le bilan Irresistible

Impliqué depuis sa création sur les questions d’écologie et de développement durable, le Studio-irresistible a fait le déplacement à Marrakech pour le lancement de la COP22.

studio-irresistible_cop22-marrakech-01Nicolas Jacquette et Jérôme Liniger ont pu observer l’organisation de l’évènement pendant la première semaine de négociations avant l’arrivée des officiels et la cohue médiatique. Une bonne vision de l’envers du décors et aussi l’occasion de belles rencontres.
Dans l’avion qui les emmenait à Marrakech, leurs voisins de sièges n’étaient autres que les membres du staff français de la COP21, travaillant avec la ministre de l’écologie Ségolène Royal, et venant passer le flambeau à l’équipe marocaine de la COP22. L’objectif de cette COP (Conférence des Parties) est de travailler sur les accords signés à Paris l’année passée et d’en négocier les conditions d’application pays par pays.

Sur place, le lifting de la ville est criant, du moins sur les axes principaux entre l’aéroport, les hôtels, le centre touristique et la zone dévolue à la COP ; routes refaites, bâtiments et trottoirs repeints, plantations nouvelles faites à la hâte un peu partout, plaquages de bois sur les façades trop abîmées. Tout un mélange de bonnes intentions et de com. Car s’éloigne-t-on un peu des zones d’affluence et l’on voit que l’investissement en rénovation n’a profité qu’à très peu d’endroits.

Le lieu lui-même de la COP22 est à l’extérieur de la ville, dans une zone immense de friches, entourée de chantiers de constructions de villas et résidences de luxe à destination des occidentaux. Des plaques de pelouse ont été posées sur la terre nue, des plantes et des arbres plantés par milliers (souvent en conservant leur pot, juste recouvert d’un peu de terre dans un trou pour les en retirer une fois l’évènement fini), le tout arrosé en permanence par des tuyaux d’irrigation installés sur tout le site, pour donner à l’ensemble une couleur bien verte, mais pas vraiment naturelle en ce lieu.

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Sur ces lieux vides, d’immenses tentes blanches ont été montées et abritent les deux zones d’activité de l’évènement. La zone Bleue, sous l’égide des Nations Unies est le lieu des négociations et son accès est strictement encadré. Sans accréditation impossible d’y accéder. A côté, la zone Verte est ouverte à tous, à condition de s’être inscrit par internet, et abrite les stands d’entreprises et d’associations montrant leur implication sur l’écologie et le développement durable.

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La présence de la police et des forces armées est impressionnante. La sécurité est un enjeu majeur manifestement, et les journaux télévisés tournent en boucle sur les millions d’euros dépensés pour la maintenir sur l’évènement. Ce qui explique aussi le choix de cette zone isolée au milieu de terrains vagues, avec des barrières de sécurité dressées à des centaines de mètres des tentes de la COP.

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Le constat qui s’impose, le premier jour de l’ouverture officielle, est que la venue des dirigeants et de la plupart des médias une semaine plus tard constitue pour beaucoup le vrai début de la COP. Rien n’est encore prêt. Les véhicules de chantier et les ouvriers croisent les négociateurs qui viennent commencer à travailler. Les plantations ne sont pas toutes faites. Difficile de trouver le lieu où obtenir les accréditations. Les panneaux géants indiquant les différentes zones de la COP se contredisent. Les agents de police ne savent pas où se trouvent les accès ou les entrées. Aucun plan n’est disponible, ni de programme permettant de connaître les évènements périphériques. La sensation générale est que l’accès sur zone est rendu très difficile, comme pour décourager le visiteur.

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Mais cette désorganisation aura permis à Nicolas et Jérôme de découvrir un des lieux périphériques à la COP, à quelques centaines de mètres : Le Salon Professionnel, présentant des artisans marocains où ils ont fait notamment une très belle rencontre : Hajar Aquerouach, une jeune marocaine au dynamisme communicatif, entrepreneuse, formatrice en leadership et co-fondatrice de l’association la Ligue des Entrepreneurs, qui accompagne les jeunes à l’entrepreneuriat et au leadership managerial. Elle oeuvre également dans une association qui pousse les femmes marocaines à s’émanciper et à se lancer dans l’entrepreneuriat en animant des ateliers et des formations.

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L’une de ces associations était précisément dans la zone Verte de la COP, l’Union Nationale des Femmes du Maroc (UNFM). Ces femmes se sont unies sous forme de coopératives dans cette association pour produire et vendre des produits artisanaux traditionnels marocains. Une façon de gagner en autonomie et de rompre l’isolement. Fadoua El Qorchi, membre de cette association, féministe dans l’âme,  revendiquant son éducation et les nombreuses langues qu’elle sait parler, a présenté tous les produits proposés par les femmes de l’association et les actions qu’elle mène localement. Elle était une ambassadrice parfaite pour montrer le bénéfice d’une telle structure en terme d’émancipation et d’autonomie. Il ne serait pas étonnant de la retrouver en actrice politique un jour prochain, qui sait ?

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La zone Verte a été aussi le lieu de rencontres passionnantes et de confrontation entre communication et réel. La visite sur le stand de Jacobs Engineering SA a été, à ce titre, très révélatrice. Cette multinationale en jointventure propose des solutions techniques à des entreprises très polluantes comme celles pratiquant l’exploitation du phosphate pour réduire leur impact écologique tout en diminuant leurs coûts structurels. La chargée de communication sur le stand invita Nicolas et Jérôme à consulter leurs différents projets sur un écran.

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L’un deux concernait la ville de Khouribga et présentait une réhabilitation réalisée d’un site d’usine dans cette ville avec un très beau bâtiment à l’architecture contemporaine. Il se trouve que Nicolas avait un an et demi plus tôt, séjourné dans cette ville qui avait été construite sous le protectorat français autour d’une usine à phosphates traitant les tonnes de terre de l’excavation du sol de la région. A savoir que l’exploitation du Phosphate au Maroc consiste en l’abrasion de la totalité d’une couche géologique du sol correspondant à un ancien fond marin sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur et des kilomètres de large. Cela ressemble à une falaise au milieu du pays qui recule au rythme des machines qui la creusent. Ce qui induit un déplacement du site de creuse et rend bientôt l’usine de traitement, auparavant toute proche, trop éloignée pour rendre le traitement rentable. Cette exploitation laisse donc derrière elle des sols infertiles et nus, des terrils gigantesques à distances régulières, des usines désaffectées laissées à l’abandon avec des cuves pleines de produits chimiques imbibant les terres et une ligne de chemin de fer qui s’allonge et ne laisse à la population qui vivait de l’usine avant que le loisir de compter les trains passant par leur ville avec le chargement précieux qui est maintenant extrait dans une nouvelle ville-usine plus loin. Le bâtiment montré par Jacobs Engineering était déjà construit depuis 2 ans lorsque Nicolas avait séjourné à Khouribga. Il s’agissait d’une petite médiathèque très belle, mais construite à bonne distance de la vieille usine qui n’avait pas vu le début d’un projet de réhabilitation ou de dépollution. La médiathèque ne pouvait pas non plus recevoir le public depuis qu’elle était terminée. Car chaque bâtiment de ce type ne peut être inauguré que par le roi. Et la petite ville délaissée de Khourigba avait déjà attendu 2 ans qu’il trouve le temps d’y passer à l’époque, et vu les informations disponibles sur internet elle attend toujours. Un beau projet sur le papier, mais qui n’est pas ce qu’il prétend et ne profite pas à la population qui ne peut que passer devant depuis près de quatre ans.

Il y a eu aussi des rencontres enthousiasmantes, comme celle avec Claire Skornicki et Stéphane Bourdin de l’agence événementielle Trésors de Claire qui travaille depuis plusieurs mois pour le groupe familial marocain Holmarcom et lui fait prendre un virage dans la conscience éco-responsable. De toute la zone Verte, leur stand était le seul à avoir inclus dans sa fabrication même le recyclage de matériaux, et à être en lui-même éco-responsable. Le stand présentait en plus les créations de jeunes designers marocains travaillant sur le recyclage et les matériaux propres. Un stand vraiment COP.

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La partie de la zone Verte dédiée aux associations et fondations ne présentait à notre étonnement aucune organisation internationale. Seules les structures marocaines étaient présentes. Certaines soutenues par des pays étrangers comme l’Espace Jeunesse sponsorisé et chapeauté par la Suisse mais avec une discrétion de violette, sans aucun logo, signalétique ou communication permettant de le savoir, si ce n’est l’intervention de jeunes suisses d’une fondation venus en observateurs des négociations à l’oeuvre dans la zone Bleue.

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Un bon quart des espaces alloués à des associations locales étaient vides, ou bien n’y était présente qu’une personne assise à une table dans un espace nu. On avait le sentiment que le fond de l’espace avait été rempli à la hâte avec quelques associations, réelles ou non, sans aucun effort investi pour communiquer sur un évènement de cette ampleur. Mais il y avait des associations qui sortaient du lot. Notamment, l’association Horizons de Mohamedia, pourtant cantonnée dans un recoin peu visible mais dont les volontaires, en particulier Anass Safori, Taha Ait Lamine, Ahmed Makh et Mohamed El Habib Nibouch, étaient si actifs, entousiastes et avaient tant investi dans leurs outils de communication de façon ingénieuse, qu’on ne pouvait que venir les voir. Cette association sensibilise les élèves d’école à une technique de culture oubliée, la culture sur butte. Un procédé ingénieux, utilisant le recyclage de déchets alimentaires et permettant de grandes économies d’eau, idéal pour les régions sèches du Maroc.

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Crédit Photo : Association Horizons Mohamedia

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Crédit Photo : Association Horizons Mohamedia

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Crédit Photo : Association Horizons Mohamedia

Enfin, c’est une rencontre entrepreneuriale que la zone Verte a offerte avec les jeunes créateurs de la startup Devaga, Abdelhamid Boukhrisse, Zakaria Bouchlih et Zouhair Belaid, tout juste diplômés, qui présentaient sur la COP22 une application Insiven qu’ils avaient créée permettant d’agréger tous les flux relatifs à un même évènement, en l’occurrence ceux liés à la COP22. Leur enthousiasme nous a donné envie de collaborer avec eux. Nous aurons l’occasion d’en reparler à l’avenir quand des projets se concrétiseront.

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Et finalement, il est en sorti quoi de cette COP22. Selon les observateurs et spécialistes, les négociations orientées sur la mise en œuvre des accords de paris, entrés en vigueur le 4 novembre 2016, relèvent plus de la temporisation que d’un véritable plan d’action attendu. Bousculée par l’élection du climato-sceptique Donald TRUMP, la COP22 a tout de même été l’occasion de souligner que les accords étaient irréversibles. L’agriculture, secteur responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre à fait l’effet d’un blocage paradoxal. Les discussions à ce sujet sont reportées à 2017 au détriment de populations déjà touchées par le dérèglement climatique.
Des effets pervers commencent à apparaître. Pour exemple, au sein de l’initiative AAA (Adaptation pour l’agriculture africaine) lancée en amont de la COP22, on retrouve inlassablement les mêmes acteurs du secteur privé de l’industrie agro-alimentaire responsables des émissions de gaz à effet de serre liés au système alimentaire.
Ils se positionnent comme porteurs de solutions qui relèvent plus du verdissement de leurs pratiques que d’une véritable et nécessaire transformation des modèles agricoles.

Au nom de la justice climatique, les pays développés, pollueurs historiques, se sont engagés en 2009, à Copenhague, à verser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 aux pays en développement, pour les aider à faire face aux impacts. Mais les discussions sur les modalités d’utilisation des fonds demeurent compliquées. Et surtout celui de l’adaptation des pays en développement. Outre augmenter les sommes allouées, les pays du sud veulent, comme il est écrit dans l’Accord de Paris, une égalité dans la répartition entre financements pour l’adaptation, et financements pour l’atténuation.
On est encore loin du compte, actuellement, seulement 16% des financements climat sont consacrés à l’adaptation.
Quelques points positifs sont cependant à souligner. 50 états du continent africain ont décidé d’harmoniser leurs politiques climatiques et plusieurs mesures ont été annoncées pendant cette COP22 pour accélérer le processus lancé par l’accord de Paris en 2015.
Un des premiers résultats notables de cette COP est l’avancée de deux ans de la rédaction du règlement de l’accord de Paris, ou « manuel d’opération », dont la date d’achèvement a été fixée à 2018 au lieu de 2020 par les pays signataires.

L’an prochain, les îles Fidji prendront la présidence de la COP23. Faute d’infrastructures et de moyens suffisants, elle se déroulera à Bonn, en Allemagne, siège du secrétariat de la CCNUC.